« Si est "pervers" ce qui nous blesse sans nous laisser détourner le regard, comment nommer l'intolérable, ce qui nous fixe et que nous ne sommes pas capables de contempler en face, dont nous ne pouvons soutenir la vue ? Pourtant, touchés par le simple effleurement de cette vision qui n'a pu être ni totale ni complète, nous sommes inévitablement condamnés à la reconstruire maintes fois sur l'écran noir, obsédant et silencieux de la mémoire... »
« Je ne vais plus vous écrire pendant quelques temps. C'est mieux ainsi. Vous prenez trop de place dans ma vie. Oh ! ne croyez pas que j'ai mieux à faire que de vous écrire. Je n'ai plus que vous... Seulement je commence à me rendre compte que ces lettres n'ont de sens que pour moi, puisque je ne vous les envoie jamais. Tout cela devient ridicule. C'est vrai, après tout, à quoi bon continuer une relation qui n'existe que dans ma tête [...]»
« Elle repensait à son passé avec stupeur.
Comment ai-je pu croire qu'il m'aimait ? Il avait juste besoin d'une maîtresse belle, gentille et conne.
Belle, gentille et conne...
Belle, Aimée l'était. Jusqu'à la séparation, tout le monde le lui disait. Sauf elle... Car, comme tant de femmes, Aimée n'avait pas reçu la beauté qu'elle admirait. Petite, mince, avec des seins graciles, elle jalousait les géantes aux formes rondes et nourrissait un complexe dû à sa taille et à sa sveltesse. Après sa séparation, elle s'apprécia davantage et s'évalua 'beaucoup trop bien pour n'importe quel homme'.
Gentille, Aimée l'était par mésestime de soi. Fille unique d'une mère qui ne lui avoua jamais l'identité de son père et le traitait en reproche encombrant, elle ignorait le monde des hommes aussi, lorsqu'elle entra en qualité de secrétaire dans l'entreprise dirigée par George, elle ne sut pas résister à ce mâle plus âgé qu'elle qui représentait à ses yeux de vierge candide à la fois le père et l'amant. Où va se loger le romantisme? Il lui sembla plus beau d'aimer un homme qu'elle ne pouvait épouser [...]»
J'suis à fond dans les extraits...(L)